Crus Classés de Provence

17/02/2021

Crus Classés de Provence, portraits d’un cercle d’excellence

 

 Mohamed Boudellal  - https://www.eccevino.com/ - Magazine sur le vin

 

Terre pionnière de la vigne en France, la Provence est aujourd’hui synonyme d’un art de vivre auquel invitent la douceur de son climat, son panorama sur la Méditerranée, ses doux reliefs qu’ornent des paysages rythmés de pins et de garrigue, où la vigne fait miroiter son ordonnancement. Ainsi, depuis plus de vingt siècles, cette plante féconde ici un breuvage bénéfique qui a pourtant été si peu consigné dans les annales de sa très longue histoire. Sans doute était-il apprécié à sa juste valeur et sa juste place, sans cérémonie, une vocation qui aujourd’hui s’est quelque peu éclipsée au profit d’un statut plus enviable, mais toujours synonyme de partage. Du coup, faute d’être porté haut par une tradition nobiliaire ou monacale, le vin provençal a-t-il été affublé du titre de « vin du midi » à l’heure d’un XIXème siècle précurseur des clivages nationaux d’aujourd’hui. Et si la Provence a connu un afflux touristique sans précédent dès les années 1960, cette manne a surtout profité à une production en volume au détriment de sa part qualitative et personnalisée. C’est dans ce contexte, prémices de l’ère du tout rosé, que des domaines varois conscients du risque de nivellement de son produit ont vu reconnaître la charte de qualité pour laquelle certains d’entre eux avaient œuvré dès les années 1930. Et c’est le 20 juillet 1955 qu’un décret officiel homologue seulement 23 domaines au titre de « Cru Classé des Côtes de Provence ».

Les immanquables vicissitudes de l’histoire faisant, 18 propriétés perpétuent aujourd’hui ce label, plutôt brillamment si l’on se réfère à leur réputation acquise ou en devenir. Cependant, l’esprit d’élite qui avait aiguillonné les générations en charge de leur exploitation en 1955 a cédé à une attitude plus pragmatique, surtout en phase avec les exigences viti-vinicoles qui prévalent de nos jours. Cela dit, malgré les mutations de leur propriété, le caractère vigneron de leur gestion et de la conception des vins perdure dans la plupart d’entre elles, avec un sens indéniable d’innovation mêlée d’ambition, remarquable dans une Provence hélas encore trop perçue à travers la monochromie du rosé et l’uniformité lénifiante que cette couleur inspire.

Dans les lignes qui suivent, j’ai brossé le portrait d’acteurs parmi les plus engagés pour honorer le label qui les réunit, chacun riche de son histoire, de ses particularismes et d’un style de vins loin du consensus réel mais aussi supposé dans les Côtes de Provence.   

Genèse et consécration (*)

L’histoire des Crus Classés a pris racine en 1895, lorsque des « propriétaires-vignerons du Var » s’engagent à défendre et à promouvoir une viticulture de qualité. Cette prise de conscience s’inscrit dans la logique globale de normalisation de la viticulture suite aux crises majeures qu’elle a connues au XIXème siècle, et dont celle du phylloxéra n’est pas la moindre. Elle se concrétise progressivement et s’affirme dans les années 1930 dans un vignoble en pleine gestation, où l’appellation Côtes de Provence naissante ne fait pas encore l’unanimité parmi ses ayants-droits. L’Association syndicale des propriétaires vignerons du Var est ainsi créée en 1933, soit deux ans avant la création du CNAO, organisme qui deviendra ensuite l’INAO. Dix ans plus tard, elle pose le premier jalon d’un statut placé sous le vocable de « Cru Classé » et rassemble des domaines qui se sont pliés à des règles garantissant une qualité de production, peu ou prou équivalentes à celles des Côtes de Provence. Cependant, outre ces critères d’élaboration, les Crus Classés sont soumis à une contrainte de commercialisation à la propriété et surtout à l’exigence d’une attestation de notoriété acquise en 1935 ou antérieurement. C’est ainsi qu’à ce stade seules 29 propriétés sont promues à ce grade. Cette période précédant le texte définitif de 1955 est toutefois marquée par des atermoiements qui verront un temps le retrait puis la réintégration de propriétés déjà renommées appartenant respectivement aux familles Ott et Fabre. En cela, il faut voir des conflits d’intérêts avec l’administration du syndicat, et notamment la volonté de cette dernière d’imposer une limitation de la production s’agissant des Crus Classés, mesure qui visait la famille Fabre et son Domaine de l’Aumérade. Cet épisode s’inscrit dans la volonté du syndicat de faire garantir une qualité par le label qu’elle promeut, qualité jugée en l’occurrence incompatible avec des volumes élevées.    

C’est dans l’effervescence de l’après-guerre que l’INAO entérine l’appartenance de 23 propriétés aux Crus Classés de Provence. Cette distinction enviable l’est d’autant plus que ses titulaires en sont définitivement porteurs, à l’instar des Crus Classés du Médoc. Toujours par référence à ce prestigieux classement, aucun nouveau membre ne saurait y être admis après sa promulgation. Cet aspect figé apparaît cependant moins critiquable en Provence du fait qu’il a été établi à partir de plusieurs critères, même si le facteur relationnel a certainement primé, tandis que la classification bordelaise attribuait un rang en se contentant de la seule sanction du marché. Il est vrai que nous étions en 1855, où l’on jaugeait la qualité avec des moyens considérés alors comme équitables.

Châteaux et domaines classés - Présentation par ordre alphabétique

Château de Brégançon

C’est sur le littoral à Bormes-les-Mimosas que s’étendent les terres et les vignes du Château de Brégançon, jouxtant la presqu’île du Fort de Brégançon, résidence officielle de la Présidence de la République. L’endroit était le fief d’un marquisat érigé par François Ier en 1531. Si la position stratégique du fort lui a valu une histoire aussi riche que mouvementée, celle de la propriété éponyme lui est liée jusqu’à la Révolution, les deux entités étant depuis scindées, le domaine ayant été acquis par la famille Sabran en 1816. Il était alors exploité en polyculture, comme il était d’usage, mais comportait d’importantes surfaces en vignes. Lui ayant succédé par alliance, la famille Tézenas accomplira cette lointaine vocation, quand son legs sera promu Cru Classé.

 

 

En 1955, l’homme de la situation est Georges Tézenas, grand-père d’Olivier, son actuel vigneron, qui lui le sera tout autant à son heure, lorsqu’il s’engage au profit de l’appellation qui couronne depuis 2008 les vins les plus représentatifs de ce terroir du littoral, l’AOC Côtes de Provence La Londe. Suivant la volonté de son vigneron, cette mention ne figure pas sur les étiquettes, même si elle concerne près de la moitié des sols plantés en vignes et que des cuvées pourraient quasiment la revendiquer. Quoi qu’il en soit, les caractères de ce terroir rejaillissent avantageusement sur l’ensemble des vins en faveur de leur expressivité et d’un insigne équilibre.

A l’endroit du domaine, la mer est on ne peut plus proche et fait que ses incidences sur le climat local répondent au mieux à la typologie définissant le cru. Ainsi, la faible pluviométrie qui le caractérise est-elle compensée par d’incessantes entrées maritimes. Cette situation privilégiée est d’autant plus profitable aux raisins que ceux-ci sont le fruit d’une exploitation en agriculture biologique, désormais certifiée sur le millésime 2020. Quant aux vins eux-mêmes, leur achèvement le doit à un ensemble de savoir-faire qu’Olivier Tézenas entretient fidèlement avec son maître de chai, présent de longue date sur la propriété. En cela, il rappelle utilement que la notion de terroir ne peut s’abstraire des hommes qui entretiennent sa mémoire.

 

Son vin ambassadeur : Isaure 2019

Sa distinction se perçoit dans le caractère profond et focalisé des arômes, ainsi que dans le toucher d’une texture très fraîche, ondulant avec grâce au gré d’un profil particulièrement ample. Pétri de franches saveurs d’agrumes, d’où ressort celle de l’orange amère, son expression se laisse délecter au cœur de tendres concrétions minérales au goût salé.    

......

 

Article complet : 

https://www.eccevino.com/magazine/crus-classes-de-provence-portraits-dun-cercle-dexcellence/

 

Etre Rappelé